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Soutenir les parents en deuil
Un simple geste de solidarité
Le décès d’un enfant constitue certes la pire douleur qu’un parent puisse imaginer. Peu importe l’âge de l’enfant, son décès prend la forme d’une tragédie inexplicable et tellement, tellement injuste.
La plupart des parents voient à travers leur enfant le prolongement d’eux-mêmes. Avec l’enfant disparaissent alors leurs espoirs et leurs aspirations, leurs désirs de continuité. Le décès d’un enfant emporte avec lui une partie des parents, une partie très intime. Un auteur avait d’ailleurs déjà écrit : « La mort des parents, c’est la mort du passé. La mort d’un enfant, c’est la mort de l’avenir ».
Au cours des parutions de Profil, nous avons régulièrement interviewé des gens qui travaillent de près avec la mort, des policiers, des médecins, des porteurs, des thanatologues, des directeurs de funérailles. Tous s’entendent à dire que s’il est une situation qui les ébranle dans leur travail, c’est bien la mort d’un enfant.
C’est dans ce contexte que le mouvement des coopératives funéraires a décidé il y a quelques années de créer le programme Solidarité afin d’offrir un support aux parents endeuillés. Évidemment, ce support prenait déjà diverses formes, que ce soit un accueil humain, la référence à des ressources, les groupes d’entraide ou de suivi de deuil, de la documentation sur le deuil, etc.
Mais avec le programme Solidarité, les coopératives vont plus loin en offrant aux parents membres qui perdent un enfant de 14 ans et moins d’assumer elles-mêmes les coûts des services funéraires jusqu’à concurrence de 2 500 $.
Solidaires dans la perte d’un enfant
« Il s’agit d’un geste de solidarité, de partage et d’entraide, des valeurs propres au mouvement coopératif », souligne le président de la Fédération des coopératives funéraires, Guy LeBel. « On s’est dit que les membres des coopératives ont la capacité de s’unir pour soutenir ceux et celles qui perdent un enfant. Et en plus, c’est une marque de reconnaissance envers nos membres, c’est une façon tangible de démontrer notre soutien aux familles éprouvées par cette terrible tragédie. »
Dans les 100 localités où elles sont présentes au Québec, les 26 coopératives membres ont été créées par et pour les membres. Chaque année, les surplus sont réinvestis pour améliorer les services offerts. Les membres ont donc décidé d'utiliser une partie des surplus pour créer le programme Solidarité. Ainsi, lors du décès d'un enfant, la coopérative s’engage à assumer une partie des coûts reliés à ses propres biens et services, qu’elle offre lors des funérailles, jusqu’à concurrence de 2 500 $, sauf lorsqu’un programme gouvernemental s’applique. C’est donc dire que si le membre n’a pas droit à une prestation de décès pour les funérailles de son enfant, la coopérative assumera les coûts de ses biens et services.
Au-delà des mots : des gestes concrets
Pour Brigitte Deschênes, coordonnatrice de la Coopérative funéraire du Saguenay, le programme Solidarité est une belle manifestation d’entraide. « Les gens qui prennent connaissance du programme posent un regard différent sur l’organisation. Déjà, s’ils viennent nous voir, c’est que le lien de confiance est là. Ils ont vu notre publicité où nous parlons de nos valeurs humaines et de notre qualité d’accueil. Mais lorsqu’ils prennent connaissance de ce programme, ils comprennent que ce ne sont pas que des mots : au-delà des sous, nous posons un geste concret pour les soutenir. Dans bien des cas, ça les amène à se rapprocher de nous davantage. Bien sûr, une coopérative est une entreprise, elle doit faire ses frais. Mais quand les gens voient que ce programme a été créé par solidarité, ils comprennent que nous sommes d’abord des humains, pas seulement des entrepreneurs. »
Denis Soucy, directeur général de la Coopérative funéraire Brunet à Mont-Laurier et Maniwaki, abonde dans le même sens. « Le programme Solidarité, c’est une manifestation concrète de notre façon humaine de faire les choses. Non seulement on le dit, mais on le fait, on est solidaire. C’est sûr que comme tout le monde, j’aimerais mieux ne jamais avoir à parler de la mort d’un enfant. Mais c’est un événement tragique qui touche des familles. Et la Coopérative peut être là pour les soutenir, humainement et financièrement, dans cette épreuve. Quand on leur parle de ce programme, les gens se sentent moins seuls, ils se sentent accueillis, ils sentent qu’ils font partie d’une organisation, qu’on les accompagne dans leur douleur. »
Lorsque le programme a été créé, le mouvement des coopératives funéraires s’est interrogé sur la façon de le faire connaître. Il est très délicat de dire à un parent que son enfant peut mourir; la publicité doit se faire avec respect. « C’est vrai qu’au début, quand on parle du programme Solidarité, ça déstabilise les gens, ajoute Garry Lavoie, directeur de la Coopérative funéraire des Deux Rives à Québec. Les gens ne s’attendent pas à ce type d’engagement de la coopérative. S’il y a une chose qui peut être difficile dans la vie, c’est bien de perdre un proche, et à plus forte raison s’il s’agit d’un enfant. C’était important que l’on fasse quelque chose pour les familles qui le vivent. J’ajoute aussi que, parmi la panoplie des avantages aux membres, c’est peut-être ce qui reflète le plus nos valeurs coopératives. On donne gratuitement un service, par solidarité. Ne l’oublions pas, les premières coopératives avaient été fondées sur ce principe : il faut s’aider entre nous quand ça va mal. Le programme Solidarité, c’est justement ça. »
Un soutien financier… et humain
Pour Jean-Guy Houle, directeur du développement coopératif à la Coopérative funéraire de l’Estrie, c’est même une source de fierté et d’appartenance pour les employés. « C’est sûr que je suis fier de travailler pour une organisation qui soutient ainsi les jeunes familles. C’est gens-là ont déjà à vivre une incroyable douleur. Si on peut faire un geste pour qu’elles n’aient pas en plus à vivre le stress financier qui en découle, c’est une belle façon d’aider. Très souvent, les jeunes familles n’ont pas eu le temps de prendre des assurances pour les enfants. J’ai connu quelqu’un qui a perdu un enfant. Non seulement il vivait une douleur très grande mais en plus, il vivait le stress de voir comment il pourrait payer les funérailles de son enfant. Lorsqu’il a su qu’à titre de membre, les funérailles de son enfant étaient assumées par la coopérative, ça lui a enlevé une certaine inquiétude. En se sentant supporté par la coopérative, il pouvait maintenant se consacrer à vivre sa peine, sans souci pour l’aspect financier. »
En soutenant financièrement les parents en deuil, les coopératives funéraires offrent plus qu’un soutien pécuniaire : « Avec notre programme Solidarité, non seulement nous aidons financièrement les familles, mais nous leur offrons un endroit où elles seront respectées et accueillies en douceur, ajoute Jean-Guy Houle. Et on n’attend pas que les gens nous parlent du programme : nous allons au-devant pour dire aux gens qu’ils y ont droit. Au cours de la dernière année, nous avons accueilli beaucoup de parents qui venaient de vivre la perte d’un enfant. En plus de leur présenter le programme Solidarité, nous organiserons une cérémonie des anges, avec envolée de colombes, dans les prochains mois. Il s’agit d’une cérémonie à la mémoire des enfants décédés pendant l’année. Même si plusieurs de ces enfants sont morts à la naissance, c’est une façon de dire que nous ne les oublierons pas. »
Comment y participer
Le programme Solidarité est accessible aux membres des 26 coopératives funéraires qui font partie de la Fédération des coopératives funéraires du Québec. Avec plus de 130 000 membres partout au Québec, ces coopératives ont choisi solidairement d’offrir ce programme à leurs membres.
En devenant membre, vous couvrez ainsi les funérailles de vos enfants de 14 ans et moins. « Même si le sujet est délicat, plusieurs grands-parents me demandent s’ils peuvent faire adhérer leur enfant afin que leurs petits-enfants soient couverts. Cela peut être un geste attentionné à poser pour leurs enfants. Et dans la plupart des coopératives, devenir membre ne coûte que 20 $, à vie. »
Vous pouvez obtenir plus d’information sur les modalités du programme Solidarité en contactant la coopérative funéraire de votre région.
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