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Aider une personne
endeuillée
Par Maryse Dubé
Il y a une douzaine d’années,
alors que je travaillais pour un organisme
communautaire, j’ai eu pour mandat de mettre sur
pied un groupe d’entraide pour personnes
endeuillées. Les ressources étaient rares dans
ce domaine et notre clientèle souhaitait
recevoir un plus grand soutien lorsque le deuil
les frappait. Je suis donc partie à la recherche
de groupes existants dans les régions
avoisinantes afin d’en étudier leur
fonctionnement. Ensuite, j’ai assisté à quelques
conférences et j’ai lu plusieurs ouvrages sur le
sujet. À travers ces démarches, j’ai beaucoup
appris. J’ai appris, entre autres, que malgré le
fait qu’un deuil normal dure en moyenne deux
ans, la société n’accorde généralement que deux
semaines pour exprimer son chagrin. Après ce
délai, la peur de voir la personne endeuillée
sombrer dans une dépression, ou encore se
complaire dans sa souffrance, incite l’entourage
immédiat à intervenir de façon à accélérer le
processus du deuil.
Ainsi, il n’est pas rare de
voir des personnes, pourtant bien intentionnées
au départ, causer plus de mal que de bien dans
leur désir d’aider. Une dame me racontait qu’à
la mort de son mari, un ami s’était
présenté au salon funéraire
pour lui offrir ses condoléances. Dans le but de
la réconforter, il lui avait dit que sa beauté
ferait en sorte qu’elle n’aurait aucune
difficulté à se remarier. Elle fut tellement
choquée par sa remarque, qu’elle dut se retenir
pour ne pas le gifler. L’homme en question
voulait sans doute détendre l’atmosphère.
Peut-être aussi que la souffrance de son amie
lui était insupportable.
Il est donc très
important de connaître
quelques principes de base quand vous offrez
votre soutien.
L’importance des émotions
Lorsque vous voulez aider une
personne endeuillée, sachez d’abord que faire le
deuil d’un proche demande du temps et qu’il
n’existe aucun raccourci bénéfique pour éviter
la souffrance provoquée par la perte d’un être
cher. Cependant, il y a des attitudes aidantes
qui permettent de mieux traverser l’épreuve. Si
vous croyez qu’être « fort » consiste à refouler
ses émotions, vous êtes déjà sur la mauvaise
voie car, tôt ou tard, la souffrance trouvera
son chemin. Soit elle se manifestera de façon
amplifiée lors d’une épreuve
ultérieure, soit elle fera des dommages plus
sournois sur l’état de santé de la personne
concernée. Alors, aussi bien encourager
l’expression des émotions, même si parfois il
vous arrive d’avoir l’impression que le deuil ne
se fait pas. Néanmoins, si vous constatez que la
personne endeuillée n’arrive pas à surmonter
l’épreuve malgré le support de son entourage,
peut-être serait-il sage alors de l’inciter à
s’inscrire à un groupe d’entraide pour personnes
endeuillées, ou encore à consulter un
professionnel de la santé. Celui qui fait cette
démarche ne doit surtout pas en avoir honte. Au
contraire, demander de l’aide démontre une
grande maturité, celle de reconnaître que l’on
est dépassé.
La disponibilité et
l’écoute
Le travail de deuil demande
beaucoup d’énergie. C’est une période de manque
d’appétit, de sommeil perturbé et de larmes.
Chaque jour devient un fardeau et les tâches
normales de la vie se font lourdes à porter.
Le chagrin prend déjà toutes
nos forces et il ne reste plus rien pour le
reste. Alors si vous le pouvez, soyez disponible
lorsque tous les autres auront quitté le navire
après les deux premières semaines accordées.
Offrez de votre temps pour aider dans les tâches
ménagères ou pour la préparation des repas. Ou
encore, prenez les enfants avec vous quelques
jours afin de donner un peu de répit aux
parents… et aux enfants, qui souffrent aussi.
Enfin, soyez une bonne
oreille et faites-vous rassurant. Il arrive
souvent que la personne endeuillée vive un fort
sentiment de culpabilité pour une raison ou une
autre. Qu’elle ait raison ou non, ce n’est pas
le temps des confrontations. Ce n’est surtout
pas le moment de faire la morale. Trouvez plutôt
des paroles qui sauront l’apaiser. Faites preuve
d’empathie, c’est-à-dire essayez de vous placer
dans la peau de l’autre. Quand mon jeune frère
est décédé à l’âge de deux mois, notre voisine
de palier, que nous
connaissions à peine, s’est présentée chez nous
le jour même. Elle ramassa tous les effets
personnels du bébé et les apporta chez elle, en
précisant que ma mère pourrait les récupérer dès
qu’elle se sentirait prête à le faire. Ensuite,
elle nous amena, mon frère aîné et moi, avec
elle pour quelques jours. Cet événement remonte
à plus de 45 ans, ma mère est âgée maintenant et
plusieurs souvenirs se sont envolés, mais elle
se rappelle encore à quel point cette femme
avait compris sa grande détresse. Elle se
rappelle aussi avoir été profondément blessée
lorsqu’une personne lui a dit qu’elle était
quand même chanceuse d’avoir d’autres enfants…
Garder le « livre ouvert »
Certaines personnes croient
que de minimiser les faits réduit la douleur. De
même que d’autres croient que parler de la
personne décédée l’accentue. Quand mon père est
mort, il avait 79 ans. Me faire dire qu’il était
vieux et souffrant n’atténua en rien mon
chagrin. Au même titre que le rappel de l’homme
merveilleux qu’il était ne
l’amplifia. J’aimais mon père et il me manquait.
Et la seule façon que j’avais trouvée de le
garder en vie était de parler de lui. Être en
deuil ne veut pas dire oublier et tourner la
page. Être en deuil est un processus
d’acceptation et de reconstruction. La page de
mon père en est une qui restera toujours ouverte
afin que je puisse y relire ses magnifiques
moments qu’il m’a donnés en héritage et que
j’essaie, aujourd’hui, de transmettre à mes
enfants.
Alors si vous voulez vraiment
aider une personne endeuillée, n’ayez pas peur
de parler de la personne décédée, et surtout,
n’ayez pas peur de vivre les émotions qui se
manifesteront, car « Les mêmes
souffrances unissent mille fois plus
que les mêmes joies » (Lamartine).
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Six
repères pour aider une personne
endeuillée
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Acceptez
que la durée du deuil puisse
être longue
-
Soyez
disponible (au-delà des deux
premières semaines)
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Faites preuve
d’empathie
-
Encouragez
l’expression des émotions
-
Soyez
réconfortant
-
N’ayez pas peur de parler de
la personne décédée
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Maryse Dubé est cofondatrice de
La Gentiane, un
site d’entraide pour les personnes endeuillées.
Elle collabore depuis peu avec la Fédération des
coopératives funéraires du Québec.
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