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Les arrangements
préalables
Des choix à faire, des décisions à prendre
Par France Denis
La question de la
planification funéraire n’est certes pas le
sujet préféré des familles autour d’un bon
repas. D’emblée, personne n’aime aborder la
mort, encore moins ses implications financières.
Mais qu’on le veuille ou non, la mort fait
partie de la vie et il y aura toujours des
actions à prendre et des coûts associés au décès
d’une personne.
Pour plusieurs raisons
économiques, psychologiques et familiales,
plusieurs personnes vont choisir de signer un
contrat préalable d’arrangements funéraires pour
régler les frais de leurs funérailles à
l’avance. Certains le font pour avoir une
sérénité d’esprit, d’autres pour se mettre à
l’abri de l’inflation, d’autres souhaiteront
donner des indications claires à leur succession
ou leur éviter des dépenses.
Peu importe la raison qui les
motive, signer un contrat de préarrangements
funéraires a des implications qui dépassent
souvent la personne qui le signe. Il est
souhaitable bien sûr de donner des indications à
nos proches, mais comment favoriser les
funérailles qui répondront aussi aux besoins de
notre famille? Quel est le rôle de la
coopérative funéraire au moment du décès?
Comment départager les volontés du défunt et les
besoins de la famille?
« J’aime à dire qu’un contrat
d’arrangements préalables est à la fois solide
et flexible. souligne Jean-Guy Houle, directeur
du développement à la Coopérative funéraire de
l’Estrie. Il est solide, car celui qui le signe
a l’assurance de recevoir les services et la
qualité de produits qu’il a demandés. De plus,
la loi nous oblige à verser 90 % du montant chez
un fiduciaire. Les gens sont donc bien protégés.
Mais il peut aussi être flexible. Le signataire
peut indiquer qu’il laisse au liquidateur le
choix de modifier certaines clauses du contrat
au moment du décès. Ça permet de laisser la
famille modifier le contrat selon les
circonstances. On se retrouve avec une certaine
flexibilité, tout en assurant la solidité du
contrat. »
Quelles sont les
circonstances qui peuvent amener une famille à
souhaiter modifier un contrat? Ça peut être
qu’un des enfants est à l’extérieur du pays et
qu’il n’a pas vu sa mère depuis plusieurs mois.
Peut-être aura-t-il envie de la voir une
dernière fois. Quelqu’un peut indiquer dans son
contrat qu’il veut que ses cendres soient
dispersées à tel endroit alors que le site n’a
plus de signification pour la famille 10 ans
plus tard. Dans d’autres cas, c’est la dynamique
familiale qui a changé. Ou le temps a passé et
certains éléments n’ont plus leur raison d’être
ou sont devenus impossibles.
À qui appartiennent les
funérailles?
« Il faut laisser de la place
à la famille dans le processus, souligne Louise
Talbot, directrice générale de la Coopérative
funéraire du Bas-St-Laurent. Il faut laisser des
choses que votre famille pourra décider, comme
la robe que vous pourrez porter, etc. Vous vous
occupez du principal et des coûts principaux, et
la famille s’occupera de faire certains choix au
moment du décès. »
Selon Jean-Guy Houle, il y a
deux choses qu’on doit distinguer : les rituels
d’adieux, d’une part, et la disposition du
corps, d’autre part. « Notre corps nous
appartient et il nous revient de décider du
moyen de disposition. Est-ce que je veux être
enterré dans un cercueil ou incinéré? Mais nous
considérons à la Coopérative funéraire de
l’Estrie que l’exposition et les funérailles
appartiennent à la famille. Après tout, ce sont
eux qui auront à vivre notre départ. »
Directeur au Centre funéraire
coopératif du Granit (Lac-Mégantic), Paul-Bruno
Turcotte voit la chose du même œil. « Parfois,
on rencontre des gens qui ont toujours dit
qu’ils voulaient se faire incinérer à leur
décès. Quand ils arrivent ici pour régler leurs
arrangements préalables, on leur demande s’ils
veulent la crémation au décès ou après
l’exposition. Ils réalisent qu’il y a une
réflexion à faire là-dessus. Avant de disposer
d’un corps selon les volontés du défunt, il
convient de dire adieu à la personne. Et c’est
là que la famille est interpellée. Il arrive
parfois que des gens repartent avec des
questions et reviennent nous voir plus tard
après une consultation avec la famille. »
La place des émotions
« Je pense que le meilleur
moment pour régler les arrangements préalables,
c’est quand on est en santé, et en possession de
nos moyens, précise Louise Talbot. Ça se passe
alors dans une atmosphère de sérénité. Ça permet
de rassembler nos idées et celles de la
famille. »
Certains croient que de
prendre des arrangements préalables est un moyen
de prendre des décisions sans émotions. On se
trompe un peu là-dessus, croit Louise Talbot :
« L’émotion a sa place dans un contrat
d’arrangements préalables. Elle n’est pas
évacuée. Évidemment, au moment de planifier nos
funérailles, on vit des émotions : ça peut être
de la peur, de l’anxiété; mais pour beaucoup, ça
se transforme en fierté et en sentiment de
quiétude. »
De plus, signer un contrat
d’arrangements préalables implique qu’on
réfléchisse à notre propre mort, qu’on pense aux
besoins de ceux qui vont survivre, que l’on
réfléchisse au type de cercueil ou d’urne qui
recueillera notre corps ou nos cendres. Oui,
l’émotion a sa place, mais le contexte est
beaucoup moins chargé d’émotivité puisque le
décès n’est pas encore survenu.
Paul-Bruno Turcotte abonde
dans ce sens : « Un contrat d’arrangements
préalables se fait en toute sérénité, sans être
poussé par les événements. C’est évident que
quand une personne a réglé ses arrangements
préalables, ça enlève beaucoup de poids aux
proches au moment du décès. Il faut avoir vécu
l’événement pour savoir que les décisions se
bousculent parfois au moment où un parent
décède. D’ailleurs, souvent les gens viennent
nous voir suite au décès d’un de leur proche,
après avoir vu ce que ça représente de prendre
des décisions sous le coup d’une grande
émotion. »
Le rôle du conseiller aux
familles
Une rencontre avec un
conseiller aux familles dure environ 1 h 30 à
2 h et peut se faire au domicile de la personne
ou au bureau de la Coopérative. « Notre rôle est
d’informer les gens sur tous les points, sur
toutes les implications de leurs choix, souligne
Paul-Bruno Turcotte. On n’a pas besoin de faire
de vente. »
« Quand les gens viennent
nous voir, la réflexion est enclenchée sur le
sujet, ajoute Louise Talbot. Ils se sont posé la
question : « comment je veux que ça se passe »?
Certains ont peur d’avoir de la pression s’ils
nous demandent de l’information mais ils
découvrent vite que nous ne sommes pas là pour
faire de la pression. »
Et comme les coopératives
funéraires sont là pour répondre aux besoins
véritables des familles, sans objectif de
profits, il n’y a pas de pression sur les gens
pour augmenter le montant du contrat.
« Organiser des arrangements
préalables est un travail qui demande beaucoup
de respect : le respect de la personne qui le
signe et le respect des survivants, souligne
Jean-Guy Houle. Notre rôle est de cerner la
réalité de la personne, d’être à l’écoute, de
voir où la personne en est dans son
questionnement, de lui donner des pistes
additionnelles pour réfléchir et d’ouvrir son
niveau de conscience par rapport à la mort.
Nous ne sommes pas là pour dicter la conduite
des gens mais pour répondre à leurs besoins avec
le plus grand humanisme et le plus haut degré de
professionnalisme possible.»
Un dialogue avec nos
proches
Spontanément, les proches
respectent les volontés du défunt, même au
détriment de leurs besoins et de leurs souhaits
personnels.
Avant de signer un
contrat d’arrangements préalables, il est
recommandé dans la mesure du possible de parler
de nos choix avec eux. Bien sûr, les choix que
nous ferons doivent nous respecter en tant
qu’individu. Mais il est bon de faire en sorte
que la cérémonie qui couronnera notre passage
terrestre soit la plus représentative possible
de l’être que nous avons été et qu’elle se
déroule dans la plus grande harmonie pour les
survivants qui auront un deuil à traverser et
qui auront été mieux préparés à vivre ces
événements. Avec un dialogue constructif, plutôt
que de se voir imposer nos décisions, nos
proches vont se sentir davantage partie prenante
de nos dernières volontés et pourront mieux y
trouver réconfort et appui pour traverser leur
deuil.
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