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Ces petits rituels
guérisseurs
Par Maryse Dubé
Tout au long de notre vie,
plusieurs événements nous rappellent que la mort
est là, tapie quelque part. On sait très bien
qu’elle peut happer l’un des nôtres à tout
moment ; d’ailleurs rien que d’y penser, la
gorge nous serre… Alors quand, malgré notre
refus de la regarder dans les yeux, elle vient
nous ravir un être cher, c’est le corps tout
entier qui entre en contraction. À partir de ce
moment-là débute une grande souffrance, dont le
soulagement ne viendra qu’à petites doses,
disséminées çà et là sur le chemin de la
guérison. Mais de ces doses dépend notre retour
à une vie normale, où les joies pourront à
nouveau faire partie du quotidien.
Bien que le deuil ne soit pas
considéré comme une maladie, il est constitué de
douleurs parfois intolérables qui font que notre
vie, sous bien des aspects, nous semble malade.
Et pour atténuer un tant soit peu cette
souffrance qui nous torture, plusieurs moyens
existent et agissent directement sur le mal-être
qui nous habite. Le rituel est l’un d’eux. Avec
son langage tout en symboles, il aide à exprimer
cette douleur qui, bien souvent, va au-delà des
mots.
Des gestes du cœur
« Le rituel permet à un homme
blessé de retrouver son chemin… »1
Plusieurs personnes l’utilisent à
leur insu, certaines l’ont consciemment intégré
dans leur vie de tous les jours pendant leur
période de deuil. Ce fut mon cas quand, à la
mort de mon père, je pris la décision d’utiliser
sa tasse préférée pour boire l’eau que mon état
de santé réclamait. C’était ma façon de lui
parler, de lui dire : regarde papa, je vais
continuer de faire ce qu’il faut pour aller
mieux. Mais c’était surtout une façon de le
garder près de moi… encore un peu. Me servir de
sa tasse me donnait l’occasion de m’offrir une
petite « dose » de celui que j’avais tant aimé,
et chaque fois, ce rituel prenait le chemin du
recueillement. J’aimais croire que mon père
contribuait à ma guérison au-delà de sa présence
sur terre.
Les rituels de ce genre viennent
du cœur, ils sont spontanés. Un objet banal de
la vie courante peut soudainement s’envelopper
d’une part de « sacré » avec le pouvoir magique
de toucher notre âme. Néanmoins, l’objet choisi
doit pouvoir nous parler, nous dire quelque
chose d’apaisant, nous consoler.
« Le rituel a une fonction
symbolique qui nous relie à celui ou celle qu’on
a perdu. » Il aide à faire la transition entre
un hier où l’on partageait le quotidien du
défunt et un demain où il faudra vivre sans lui.2
Se donner le droit de
vivre son chagrin
Un homme racontait qu’après la
mort de son fils, il prit l’habitude d’aller «
surfer » sur l’ordinateur de celui-ci. Tous les
soirs, il descendait dans sa chambre qu’il avait
gardée intacte, ouvrait son ordinateur et
reproduisait l’activité préférée de son fils,
c’est-à-dire naviguer sur Internet. Refaire les
mêmes gestes qu’il avait tant de fois observés
chez son enfant devint pour lui un rituel
guérisseur. Dans ce comportement, ce père avait
l’impression de se connecter à celui qui lui
manquait tant. Et là, entre les murs de cette
chambre, il pouvait enfin le pleurer.
Se trouver un lieu et un moment
dans la journée pour y déverser son chagrin est
très salutaire. Ça permet de créer un point de
repère pour mieux vivre son deuil. De plus, ça
aide à effectuer les tâches fastidieuses mais
nécessaires du quotidien, tout en permettant de
canaliser sa peine, chose essentielle quand on
sent que la souffrance ne prend aucun répit et
nous fait perdre pied. Et perdre pied peut être
bien facile quand on réalise les multiples
pertes qui découlent d’un deuil. C’est ainsi
qu’une jeune veuve, mère de famille, arrive
rapidement au désespoir devant les dettes qui
s’accumulent et les enfants qui pleurent leur
père…
« Les rituels ne relèvent
aucunement du rationnel, mais tiennent de
l’émotif. Ils sont là pour nous aider, nous
réconforter, nous lier les uns aux autres. »3
À la mort de son mari, une dame
âgée décida d’aller s’acheter un coffre de bonne
dimension pour y ranger les souvenirs du temps
passé à ses côtés. Chaque fois qu’elle ouvrait
le coffre pour y déposer quelque chose, le
chagrin s’intensifiait et elle se mettait à
pleurer. Paradoxalement, elle remarqua qu’après
chacune de ces séances, une certaine paix en
résultait. Un peu comme si le fait de fermer les
portes de son passé lui permettait d’ouvrir une
porte sur l’au-delà, la rapprochant ainsi de
celui qui l’avait quittée. Puis vint le jour où
ne restèrent que ses larmes ; tout objet témoin
de leur bonheur ayant déjà pris son billet
d’entrée. Ne voulant pas mettre fin à ce rituel,
elle commença à y ajouter une partie de son
présent : lettres d’amour qu’elle lui adressait,
photos de famille... Lorsque le premier
anniversaire du décès arriva, elle offrit à ses
enfants l’opportunité de participer à son
rituel. Chacun d’eux pouvait y laisser une
lettre cachetée à l’attention de leur père.
L’événement se déroula avec grande émotion, et
tous se permirent d’exprimer leur tristesse. Au
terme de cette soirée, il fut décidé que le
coffre resterait scellé jusqu’à l’anniversaire
suivant où, à nouveau, il servirait à recueillir
les messages et les larmes de chacun. Avec les
années, le coffre de « papa » devint la boîte
aux secrets… larmes en moins. Comme quoi un
rituel peut se transformer au gré des besoins.
Le fait de poser des gestes
personnels lors d’un rituel permet de vivre ce
qui nous arrive avec une plus grande conscience
et permet aussi d’exprimer concrètement ce qui
est ressenti. C’est un exercice troublant où,
certes, les émotions se bousculent. Néanmoins,
il aide à accepter la réalité de la mort et
favorise la résolution du deuil. Et dans les
difficiles moments qui suivent la perte d’un
être cher, même le plus simple des rituels peut
s’avérer une aide précieuse. C’est à chacun de
trouver son rituel guérisseur… qui vient du
cœur.
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En quoi
les rituels personnels
peuvent-ils aider?
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Avec son langage tout en
symboles, le rituel aide à
exprimer ce qui va au-delà des
mots.
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Les rituels sont là pour nous
réconforter, nous lier les uns
aux autres. Ils permettent à
un homme blessé de retrouver
son chemin.
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Poser des gestes personnels
lors d’un rituel aide à
prendre conscience de la perte
qui nous afflige et permet
d’exprimer ses émotions.
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Se trouver un lieu et un
moment dans la journée pour y
déverser son chagrin est
salutaire à la résolution du
deuil.
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Dans le rituel, il est
possible de retrouver le sens
du sacré.
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Le rituel incite au
recueillement.
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D. JEFFREY. Éloges des rituels, Les Presses de
l’Université Laval, Québec, 2003, p.230.
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C. FAURÉ. Vivre le deuil au jour le jour,
Éditions Albin Michel, 2004, 290 p.
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G, MÉNARD. Que sont devenus nos rituels, dans
Elle Québec, Juin 2006, p.110.
Maryse Dubé est cofondatrice de
La Gentiane, un
site d’entraide pour les personnes endeuillées.
Elle est une collaboratrice régulière de la Fédération des
coopératives funéraires du Québec.
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