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Vidéo-héritage
Le témoignage de toute une vie
Par Serge Beaucher
« Pour les dernières heures de ma
vie, je voudrais que vous tous, mes enfants,
soyez réunis autour de moi et que je puisse vous
dire combien je vous ai aimés. Si je suis trop
faible pour le faire à ce moment-là, je vous le
dis aujourd’hui : oui, je vous ai tant aimés !
L’amour, c’est ça qui fait la vie. » Cet extrait
d’une vidéo réalisée voilà quelques années n’a
rien de fictif. Il est tiré de l’enregistrement
audiovisuel d’une dame âgée bien portante qui,
quelques années avant sa mort, tenait à laisser
un témoignage vivant en héritage à ses enfants.
La réalisation de semblables
documents fait partie d’une panoplie de nouveaux
services personnalisés que la Coopérative
funéraire des Deux Rives, de Québec, offre à ses
membres. « Cela s’inscrit dans les solutions de
rechange que nous mettons de l’avant pour
répondre, de façon signifiante et respectueuse,
à l’abandon de plusieurs formes de rituel au
cours des dernières années », explique Garry
Lavoie, directeur général de la Coopérative des
Deux Rives.
Déjà, quelques entreprises
funéraires – dont Les Deux Rives – offrent des
vidéos-souvenirs en hommage au défunt. Il s’agit
de montages à partir de photos et, dans certains
cas, d’extraits de films vidéo, qui retracent
les principales étapes de la vie de la personne.
Ces vidéos sont présentées en boucle au salon
funéraire ou durant la cérémonie religieuse à
l’église (voir l’encadré).
Émotion et authenticité
Avec le vidéo-héritage, on va
beaucoup plus loin. Il s’agit cette fois d’une
entrevue filmée, entièrement réalisée du vivant
de la personne, par sa propre décision. Le cas
typique est celui des enfants de personnes âgées
qui demandent à leurs parents de livrer un
témoignage sur leur vie, dont les petits-enfants
pourront profiter un jour, raconte Paul Gervais,
de Production Paul Gervais communication, qui
produit ces documents pour la Coopérative des
Deux Rives.
Mais l’initiative peut aussi
venir de la personne elle-même. Quelqu’un qui a
simplement le désir de relater sa vie, étape par
étape, pour en faire cadeau à ses proches, de
son vivant ou après sa mort. Ou bien qui veut
raconter sa grande passion, celui-ci pour
l’ornithologie, cet autre pour le pilotage
d’avion… Certains, soucieux de léguer leurs
valeurs, en font même un véritable testament
spirituel. Peu importe ce qui est livré,
toutefois, l’émotion et l’authenticité sont
toujours au rendez-vous.
Quoi de mieux, en effet, qu’une
caméra intimiste pour transmettre ce rire si
communicatif ou ce froncement de sourcil
tellement caractéristique d’une personnalité !
Tout au long de l’entrevue, on voit la personne
rire, hésiter, devenir triste… « Certains
silences sont très éloquents », confie M.
Gervais qui, tout en guidant l’entrevue au côté
d’une caméra fixe, sait se faire discret
lorsqu’il le faut, ou relancer le dialogue au
moment opportun. On ne voit jamais
l’intervieweur et, lorsqu’il intervient, on
n’entend sa voix qu’en sourdine.
Pour un DVD d’une heure, il faut
compter en moyenne trois heures d’entrevue, qui
peuvent être effectuées aussi bien dans le
studio de M. Gervais que dans l’intimité du
foyer de la personne filmée. Au montage,
différentes images peuvent être intégrées au
document : église du village natal, photo de
graduation ou même séquences de film en « super
8 » tournées plusieurs décennies auparavant.
Une expérience
significative
Si le témoignage est généralement
livré avec beaucoup d’émotion – ce qui n’exclut
pas la sérénité –, c’est aussi avec émotion
qu’il est reçu par les enfants et
petits-enfants. Pour Jeanne-Marie Gingras, de
Magog, le récit que sa mère a fait devant la
caméra à l’âge de 76 ans a été une véritable
révélation. « Une expérience extrêmement
significative, dit-elle, qui m’a en quelque
sorte permis de me réconcilier avec cette femme
si semblable à moi, dont je ne connaissais que
trop peu de choses sur le passé. »
La première fois que Mme Gingras
a regardé la vidéo, c’est en compagnie de sa
mère elle-même, quelque mois avant le décès. «
Cela nous a rapprochées, confie-t-elle. Ce fut
un moment fort qui nous a permis d’échanger.
Elle était touchée de voir mon intérêt pour ce
qu’avait été sa vie. » Cinq ans après, Mme
Gingras a revu le film, puis de nouveau tout
récemment, encore cinq ans plus tard. Aussi
émue, elle a pleuré et revécu des moments
touchants les deux fois. « Ça m’a encore fait
comprendre de nouvelles choses, sur moi et sur
ma mère. J’ai notamment pris conscience qu’elle
avait toujours fait de son mieux et qu’elle
avait été très généreuse. Lorsqu’on est enfant,
on ne se rend pas compte de la générosité qu’il
faut pour préparer sans rechigner un pique-nique
pour 10 personnes. Ce document m’aide à recadrer
tout cela dans une perspective plus juste et
continue d’améliorer la perception que j’ai de
ma mère. »
Aujourd’hui âgée de 63 ans, Mme
Gingras entend bien offrir le même genre de
témoignage à ses enfants. « Question de laisser
des traces, des souvenirs, des racines »,
ajoute-t-elle.
Lors des arrangements
préalables
Le directeur général de la
Coopérative des Deux Rives prévoit que les
vidéos-héritages seront de plus en plus
populaires au cours des prochaines années. Entre
autres parce que les baby-boomers arrivent à
l’âge où ils sont confrontés à la mort (la leur
et celle de leurs parents) et qu’ils ont
toujours révolutionné les pratiques, partout où
ils sont passés.
Actuellement, les conseillers de
la Coopérative offrent le service de
vidéo-héritage dans le cadre des contrats
d’arrangements préalables qu’ils concluent avec
les personnes intéressées. Comme pour les
vidéos-souvenirs, les membres bénéficient alors
d’un escompte de 10 % sur le produit, sans
compter qu’ils n’ont pas à trouver eux-mêmes une
firme pour réaliser le document. Les prix sont
de l’ordre de 2000 $ pour un document de deux
heures.
En fait, « ce genre d’expérience
n’a pas de prix », affirme Jeanne-Marie Gingras.
Que vaut, en effet, pour les membres d’une
famille le privilège de voir leur mère, cinq
après sa mort, leur déclarer « oui, je vous ai
tant aimés »?
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Vidéo-souvenir ― Un hommage
en photos
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Le vidéo-souvenir
est un hommage rendu au défunt
dans un montage-photos qui est
présenté en boucle au salon
funéraire ou lors de la
cérémonie d’adieu.
Produit sur
support DVD, le montage peut
comporter une musique de
circonstance et quelques
extraits sonores. Chaque photo
apparaît sur un fond de scène
choisi par la famille, souvent
avec un court texte explicatif.
On peut aussi y intégrer un bref
message à l’intention des
personnes présentes, par exemple
une invitation au goûter après
la cérémonie. « Ces
vidéos-souvenirs sont
particulièrement appréciés en
l’absence du corps, lorsque
seule l’urne contenant les
cendres est visible », précise
Garry Lavoie, directeur général
de la Coopérative funéraire des
Deux Rives.
La seule
contrainte importante pour la
famille est le temps. Puisque le
document doit être prêt pour
l’exposition du défunt ou la
cérémonie d’adieu, le choix des
photos et autres pièces à
utiliser pour le montage doit se
faire dans un délai très court.
Mais comme ce sont les proches
qui sélectionnent les photos, le
plus souvent en famille, cette
occasion permet déjà de vivre
une première étape du deuil, qui
est de parler du défunt.
Une fois qu’elle a tout le
matériel en main, la firme de
communications qui réalise le
document est en mesure de le
produire en 48 heures. La
famille peut ensuite obtenir le
nombre d’exemplaires qu’elle
désire. |
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