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Comment se comporter au
salon funéraire
Par Maryse Dubé
Mon grand-père est décédé
alors que j’avais une dizaine d’années. Ce fut
mon premier deuil important. Cela remonte à bien
longtemps maintenant, mais je m’en souviens
encore très bien. À cette époque, les
funérailles avaient une seule couleur : le noir.
Et les enfants n’étaient pas les bienvenus au
salon funéraire, à ma grande tristesse.
Comme grand-père était
très cher à mon cœur, je tenais sincèrement à
lui faire mes adieux. Bravant l’interdit de ma
mère qui m’avait demandé de rester sagement à la
maison, je mis la robe préférée de mon
grand-père, garnie de fleurs et de soleil, pour
aller le saluer une dernière fois. Ne
connaissant pas l’importance du code
vestimentaire en vigueur en pareille
circonstance, ma tenue créa tout un émoi et fut
interprétée comme un flagrant manque de respect.
On me fit comprendre qu’on ne soulignait pas le
départ d’un être cher de la même façon qu’on
assistait à une fête, surtout quand on n’était
pas invité. Bref, personne ne sembla comprendre
le sens de ma démarche et je fus quitte pour un
bon traumatisme.
Aujourd’hui, en matière de
convenances, bien des choses ont changé, mais
une chose demeure toujours aussi importante : le
respect. Manquer de respect au défunt ou à la
famille endeuillée peut avoir des conséquences
fâcheuses, je peux en témoigner. Comme le
respect se traduit différemment d’une génération
à l’autre, ou d’une culture à l’autre, certaines
personnes préfèrent se tenir loin des obsèques
afin d’éviter de dire des bêtises ou de se
mettre les pieds dans les plats. C’est bien
dommage car, par leur retrait, ils s’empêchent
de prendre part à un événement majeur marquant,
c’est-à-dire accompagner quelqu’un qu’on aimait
à son dernier voyage.
Il est vrai que savoir
comment se comporter lors de funérailles n’est
pas toujours évident. Surtout de nos jours, où
la limite de ce qui est acceptable est parfois
très près de celle du mauvais goût. Les
personnes endeuillées sont dans un état de
vulnérabilité et, parfois, une simple maladresse
peut prendre des proportions regrettables.
Alors, pourquoi risquer de blesser une personne
qui a déjà le cœur à vif quand la délicatesse
est à portée de main?
C’est pourquoi il y a
avantage à connaître les conventions en vigueur
si on veut que notre présence soit reçue comme
un baume en des moments où chaque geste de
soutien compte beaucoup.
Savoir se distinguer par
une présence de qualité
Les condoléances doivent
être présentées autant que possible dès
l’arrivée; ce serait manquer de délicatesse que
de faire le tour de ceux qu’on n’a pas vus
depuis longtemps avant d’en venir aux principaux
intéressés.
Bien choisir ses mots est
important, mais ils doivent surtout être
sincères et venir du cœur. À ce stade, personne
n’attend de discours éloquents, alors on peut
tout simplement dire qu’on a de la peine… que la
nouvelle nous a bouleversée… qu’il va nous
manquer. En fait, il s’agit surtout d’exprimer à
l’endeuillé que nous compatissons avec son
chagrin. Si on a peur d’être maladroit, prendre
quelques minutes avant d’arriver afin de se
recentrer sur ce que l’on souhaite exprimer,
aide beaucoup et évite les phrases vides de
sens.
Quand on ne trouve pas les
mots pour exprimer notre affliction et qu’on
opte pour la formule « je ne sais pas quoi te
dire », on place l’endeuillé dans une situation
où il se sent presque obligé de nous rassurer.
Il va de soi que parfois, c’est mieux de ne rien
dire plutôt que d’y aller avec une blague
insipide pour détendre l’atmosphère. D’autant
plus que ne rien dire peut aussi avoir sa place
quand la douleur dépasse l’entendement. Un
regard qui dit tout ou une main tendrement posée
sur une épaule peuvent tout autant démontrer
votre compassion.
L’expression du chagrin
est tout à fait appropriée, à la condition qu’on
ne se serve pas du contexte pour déverser une
émotion liée à un autre événement. Par exemple,
une dame me racontait qu’aux funérailles de son
père, une belle-sœur s’était présentée à elle en
larmes parce que son médecin venait de lui
apprendre qu’elle avait des problèmes de santé.
Dès lors, les rôles furent inversés et c’est la
dame endeuillée qui fit office d’épaule
consolante, ce dont elle aurait pu se passer.
Après la période consacrée
aux condoléances, on se retrouve fréquemment en
groupes à discuter de choses et d’autres. Le ton
peut monter et les éclats de rire sont assez
fréquents dans un salon funéraire. C’est normal.
Les gens ont besoin de se libérer d’une tension
par le rire et il n’y a rien de méchant dans ce
comportement. Toutefois, si vous vous apercevez
que la famille endeuillée est en train de se
recueillir près du défunt et que vos échanges
tranchent catégoriquement avec le chagrin qui
s’y vit, de grâce, gardez une certaine retenue.
J’ai un ami qui m’exprimait la colère qu’il
avait ressentie quand, à la mort de sa mère, les
gens discutaient joyeusement alors que lui et
ses frères étaient accablés de tristesse.
L’envie de tous les mettre à la porte lui passa
à l’esprit, bien qu’il se limita à n’intervenir
que par le partage visible de sa douleur.
Il peut arriver que vous
souhaitiez déposer une fleur, une lettre ou
toute autre chose dans le cercueil à l’attention
du défunt. Avant d’en prendre l’initiative,
vérifiez auprès de la famille afin d’avoir leur
autorisation. Ce n’est pas que le geste soit mal
en soi, mais il y a une règle tacite qui veut
que ce genre d’attention soit réservé aux
proches parents.
Quand on connaît peu ou
pas le défunt, on se tient plus en retrait afin
de laisser la place à ceux qui le connaissaient
et qui souhaitent s’en approcher. Généralement,
l’espace autour du défunt est réservé au
recueillement et n’est pas indiqué pour une
discussion animée.
Il est de plus en plus
courant de voir des enfants de tout âge se
joindre aux adultes lors de rituels funéraires.
C’est très sain pour eux d’avoir la possibilité
de participer à de tels événements. Une fois la
surprise du premier contact passée, les enfants
désirent souvent retourner à leur jeu. Prévoyez
leur apporter de quoi les occuper dans un coin
tranquille afin d’éviter qu’ils ne deviennent
trop dissipés.
Bien que la tenue
vestimentaire soit maintenant plus libre
qu’avant, il va de soi que la plupart des gens
s’entendent pour s’habiller avec plus
d’attention qu’à l’ordinaire lors des
funérailles. Se mettre sur son trente-et-un,
c’est une façon de dire « regarde, je me suis
fait beau par égard pour toi ». Bien sûr, on ne
parle pas ici de tenue de soirée ni de décolleté
plongeant. La sobriété est toujours de mise
quand on côtoie le chagrin.
Pour une raison où une
autre, certaines personnes choisiront de ne pas
aller aux obsèques et d’offrir leur soutien
autrement. L’envoi d’une carte choisie avec soin
est préférable à un courriel d’aspect plus
froid. Il en va de même pour un message laissé
sur un répondeur ou une boîte vocale; s’il n’y a
personne à la maison, rappelez une autre fois.
L’envoi de fleurs ou les dons effectués à des
fondations sont toujours de circonstance, mais
rien de vous empêche d’emprunter un chemin
différent. Il m’est arrivé de voir livrer au
lieu des obsèques une photo inédite du défunt
qu’on avait pris soin d’encadrer. Une note
décrivant les circonstances avait été jointe à
l’envoi ainsi qu’une fleur pour l’endeuillée.
Prendre le temps de
s’arrêter pour trouver la meilleure façon
d’offrir ses condoléances démontre que l’on est
sensible à la douleur de l’autre et que l’on
souhaite lui apporter un peu de réconfort. Mais
croyez-en l’expérience de ceux qui vivent un
deuil, bien peu de choses valent la présence des
proches ou un regard empreint de sollicitude
quand on a du chagrin. Alors si vous avez le
choix, ne vous privez surtout pas d’être à leur
côté.
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