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Ces deuils laissés pour
compte
Par Maryse Dubé
La plupart des gens
reconnaissent qu’il peut être difficile de faire
le deuil d’un conjoint ou d’un enfant, et sont
désireux d’offrir le soutien nécessaire pour
aider à traverser cette épreuve accablante. Une
oreille attentive, une épaule chaleureuse, un
geste de solidarité, une parole réconfortante :
voilà autant de façons d’être présent pour
soutenir un endeuillé.
Il en va autrement quand
le deuil affecte une personne qui n’avait pas de
lien officiel avec le défunt, mais qui
entretenait tout de même une relation
significative, tels un patron, un voisin, un
professeur, un collègue...
Bien que pour ces
personnes l’impact du deuil soit de toute autre
nature, il n’en tient pas moins que la perte est
réelle et qu’elle suscite aussi une variété
d’émotions qui peuvent troubler. Toutefois, il y
a un certain inconfort à en faire part à autrui.
Sachant que leur chagrin risque d’être
incompris, ces personnes garderont pour elles
leur blessure.
Quand on a de la peine, on
a le droit d’être écouté, d’être consolé. Bien
souvent, le fait de pouvoir en parler à
quelqu’un soulage. Alors si quelqu’un vous fait
suffisamment confiance pour se confier, il
suffit souvent de bien peu de choses pour
l’aider, il suffit simplement d’accueillir le
chagrin sans le juger.
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Deuil
d'un voisin
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À la
cinquantaine avancée, j’ai
déménagé à la campagne pour y
prendre ma retraite. Dès les
premiers jours, j’ai été charmé
par mon nouveau voisin, un homme
âgé. Rapidement, je me suis lié
d’amitié pour ce vieil homme
toujours souriant qui ne
ménageait par ses efforts pour
apporter un coup de main au
citadin que j’étais. C’était un
homme habitué à la vie de
campagne qui, en plus de sa
forme physique impressionnante,
avait toujours de judicieux
conseils à prodiguer.
Au fil
des années, nous nous
découvrîmes de nombreuses
affinités et le plaisir de sa
compagnie alla toujours en
grandissant. N’ayant pas de
relations harmonieuses avec mon
père, cet homme était pour moi
l’image du père dont j’avais
toujours rêvé. D’ailleurs, sans
doute l’avait-il compris, car il
avait pris l’habitude de
m’appeler fiston.
Lorsque
la maladie vint le frapper et
que je le vis dépérir
graduellement, j’eus l’élan
qu’un fils reconnaissant peut
avoir envers un père aimant.
Malgré les limitations que son
état de santé provoqua, je
continuais de lui offrir de
m’accompagner lorsque j’allais
en forêt. Évidemment, cela
signifiait marcher plus
lentement et le soutenir au
besoin, mais l’idée de l’en
priver ne m’effleura même pas.
Puis,
quand vint le jour où même
quelques pas devinrent trop pour
lui, je pris l’habitude de le
visiter quotidiennement.
J’essayais d’égayer sa journée
autant que je le pouvais, mais
ça me brisait le cœur de
constater que ses dernières
joies l’avaient quitté.
La
dernière semaine avant qu’il ne
meure fut très pénible pour moi.
Ayant demandé à mourir chez lui,
sa famille se relayait pour être
à son chevet. N’étant qu’un
simple voisin, il n’était pas
question que j’aille m’imposer.
Néanmoins, deux ou trois jours
avant sa mort, il s’est étonné
de ne pas me voir à ses côtés.
Sa fille aînée vint donc me
proposer d’aller le saluer une
dernière fois. Hélas, j’en fus
incapable, car j’aurais pleuré
devant sa famille comme peut
pleurer un fils, et personne
n’aurait compris… à part lui
peut-être. Alors, je suis resté
chez moi.
À son
décès, je suis allé au salon en
coup de vent. Je voulais
simplement, sans que rien n’y
paraisse, le remercier pour tout
ce qu’il m’avait apporté.
Aujourd’hui, sa maison est
vendue, j’ai de nouveaux voisins
que je ne connais pas et qui me
laissent froid. Mais chaque fois
que je travaille sur mon
terrain, j’ai une pensée pour
lui. Je sais bien que de là où
il est, mes pensées ne doivent
pas peser beaucoup dans la
balance. Sa femme et ses enfants
doivent passer bien avant moi.
Cependant, je n’ai rien d’autre
à lui offrir, et ça m’aide à ne
pas l’oublier.
Un simple voisin |
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