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Avons-nous encore besoin
des coopératives funéraires ?
Par Réjean
Laflamme, président de la FCFQ
En mai dernier, les
coopératives funéraires du Québec soulignaient
avec fierté le 20e anniversaire de leur
fédération. Pour marquer l’événement, la
Fédération a fait paraître un album relatant
l’historique du mouvement et des coopératives.
Le 20e anniversaire a été célébré en présence de
250 convives lors de notre congrès annuel qui se
tenait à Longueuil. Notre invité d’honneur,
monsieur Claude Béland, est venu nous rappeler
ses convictions coopératives en plus de relater
quelques éléments de l’histoire de notre
mouvement.
Rappelons qu’un bon nombre
de coopératives funéraires ont été fondées dans
les années 1970 à une époque où les solutions
collectives s’imposaient pour se réapproprier
des pans de notre économie. À cette époque, les
frais funéraires grimpaient en flèche, ce qui
entraînait beaucoup d’endettement pour les
familles qui avaient le malheur de perdre un
proche.
Les coopératives, qui
avaient permis aux caisses populaires de même
qu’aux secteurs agricole et de l’alimentation
d’offrir de meilleures conditions aux membres,
constituaient une formule de choix. L’Abitibi,
le Lac-Saint-Jean, l’Estrie, l’Outaouais, le
Saguenay, la région de Québec, la Beauce, le
Bas-St-Laurent, la Montérégie et le Centre du
Québec ont tous vu un groupe de citoyens fonder
une coopérative, souvent avec la participation
du clergé. Partout au Québec, les gens ont
utilisé la formule coopérative pour se redonner
une emprise sur un secteur de l’économie où ils
étaient particulièrement vulnérables.
Le mouvement s’est
poursuivi dans les années 80 avec la fondation
de coopératives à Saint-Hyacinthe,
Victoriaville, Shawinigan, Thetford Mines et
Mont-Laurier.
Grâce à la présence de
coopératives, le prix des funérailles au Québec
a connu une baisse, autant chez les coopératives
que chez leurs concurrents qui n’avaient plus le
monopole. Les coopératives sont ainsi devenues
un chien de garde dans l’industrie funéraire, en
freinant la hausse des prix des frais
funéraires. Depuis leur fondation, les
coopératives ont permis aux familles québécoises
d’économiser des millions de dollars.
Dans les années 90, une
autre menace est venue nous rappeler
l’importance de la solidarité coopérative.
Devant le vieillissement de la population,
d’importantes multinationales américaines ont
débarqué au Québec et ont pris le contrôle
d’environ 40 % de notre industrie funéraire. Des
entreprises qui avaient appartenu à des
générations de Québécois sont soudainement
devenues propriétés américaines, sans changer le
nom de l’entreprise. Avec la collaboration de
Desjardins et le gouvernement du Québec, la
Fédération des coopératives funéraires a créé un
fonds de développement pour contrer la menace
américaine et protéger les intérêts québécois
dans l’industrie funéraire. Dans cette foulée,
d’autres coopératives ont vu le jour à La Baie,
Chicoutimi, Rivière-du-Loup,
Saint-Marc-des-Carrières et Berthierville.
Encore une fois, la mobilisation créée par les
coopératives a endigué la perte de contrôle du
secteur funéraire.
On vient de le voir, la
présence des coopératives constitue un frein à
la hausse des frais funéraires au Québec. Elle
permet aussi de protéger ce secteur de
l’économie, de conserver la propriété québécoise
de ces entreprises et de se doter d’institutions
funéraires conformes à nos valeurs et à nos
véritables besoins.
Alors, la question se pose
: en 2008, avons-nous encore besoin des
coopératives funéraires? Poser la question c’est
y répondre. Avons-nous besoin d’économiser des
millions de dollars chaque année grâce à la
présence des coopératives? Souhaitons-nous
laisser les multinationales américaines prendre
possession de nos institutions funéraires?
Voulons-nous poser un geste de solidarité
communautaire et nationale en faveur de nos
intérêts sociaux et économiques? Voulons-nous
être client d’une entreprise ou membre
propriétaire d’une coopérative?
Encore récemment, deux
coopératives ont vu le jour dans des régions où
elles étaient absentes. À Gaspé et à Montréal,
deux régions qui ont peu en commun, des citoyens
ont choisi la formule coopérative pour s’assurer
que les profits de l’activité funéraire
enrichissent leur collectivité et demeurent
propriété de leur patrimoine. Des rencontres de
citoyens dans d’autres provinces canadiennes
laissent présager la formation de nouvelles
coopératives funéraires à l’extérieur du Québec,
en plus de la quinzaine déjà présentes. Plus
loin de nous, à Seattle, un groupe d’entreprises
funéraires a choisi de se constituer en
coopérative afin de faire face aux
multinationales concurrentes qui tentent de
contrôler l’industrie. Lorsque vous lirez cette
revue, un groupe de coopérateurs de la
Fédération reviendra d’une mission en Angleterre
organisée en vue d’étudier le fonctionnement
d’une des plus grandes coopératives funéraires
du monde. Partout dans le monde, la formule
coopérative demeure actuelle pour se doter d’une
alternative à l’exploitation du chagrin.
Petit à petit, les
coopératives funéraires du Québec ont gagné du
terrain pour occuper aujourd’hui environ 15 % du
marché québécois. Chaque année, plus de 7500
familles québécoises font confiance aux
coopératives pour organiser le départ d’un des
leurs.
Aujourd’hui, les 28
coopératives du Québec sont dotées
d’installations des plus modernes et peuvent
compter sur du personnel des plus compétents.
Tout en modernisant leurs installations et leurs
équipements, les coopératives sont restées
fidèles aux valeurs des pionniers, soit
l’entraide, le respect, l’absence de pression et
la compassion.
En cette année
anniversaire de notre fédération, le mouvement
coopératif affiche sa fierté d’avoir bâti le
réseau que nous avons aujourd’hui. Devant cette
réussite, je lève mon chapeau aux bâtisseurs de
toutes les coopératives du mouvement qui ont
choisi la coopération pour former aujourd’hui le
plus important réseau funéraire au Québec.
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