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Choisir d'apporter les
cendres avec soi
Par Maryse Dubé
Depuis peu, nous assistons
à une pratique qui permet aux personnes
endeuillées d’apporter les cendres après les
funérailles. Bien que l’Église recommande de les
enterrer ou de les placer dans un columbarium
afin d’en faire un lieu de recueillement, au
Québec, la loi permet aux endeuillés d’en
disposer à leur guise, du moment que ce n’est
pas contraire aux règlements municipaux.
Dans certains cas, la
possession des cendres n’est que temporaire et
n’est due qu’au délai entourant l’inhumation.
Mais parfois, le geste a un caractère plus
permanent et laisse supposer chez l’endeuillé
une difficulté à surmonter l’épreuve d’une
séparation définitive. Il est vrai que
lorsqu‘une partie de notre vie s’est écoulée
auprès d’une personne aimée, son absence peut
s’avérer intolérable. Garder les cendres avec
soi permet alors de conserver une impression de
proximité avec l’être cher afin d’apprivoiser
petit à petit la vie sans lui.
C’est ainsi qu’une mère de
famille peut choisir de conserver les cendres de
son époux, dans le but d’offrir à ses enfants
une présence symbolique de leur père qui, dès
lors, revêt un statut de confident et d’ange
gardien. Toutefois, à vouloir conserver un lien
à tout prix, il arrive parfois que le deuil en
soit prolongé. Mais comme me disait une dame
âgée qui venait de perdre son mari après
cinquante ans de mariage, quand les souvenirs
sont tout ce qu’il nous reste dans la vie,
pourquoi ne pas poursuivre les quelques pas qui
nous séparent de la mort en faisant comme si
l’autre était encore là. Pour cette dame, avoir
les cendres de son mari à la maison était
réconfortant et lui offrait l’opportunité de
commenter, aussi souvent que le besoin se
faisait sentir, des pans entiers de son histoire
d’amour sans importuner son entourage.
Il va sans dire
qu’apporter les cendres à la maison prive toute
autre personne qui aurait souhaité avoir un lieu
pour se recueillir auprès du défunt. Pour cette
raison, et dans le but d’élargir quelque peu
l’accès au défunt, certains opteront pour le
partage des cendres dans des reliquaires
(petites urnes). Un cercle restreint de proches
est alors invité à conserver une petite partie
des cendres avec eux. Cette pratique incite
toutefois à une réflexion d’ordre moral : en
divisant les cendres en plusieurs parties, le
corps ne conserve plus son intégralité. Ce désir
de permettre à plusieurs de conserver une partie
du disparu peut heurter certaines convictions.
Quoi qu’il en soit, peu
importe les raisons qui motivent le choix
d’apporter les cendres du défunt avec soi, il
est important de bien connaître les
répercussions que peut avoir ce geste dans votre
vie avant d’emprunter cette voie. Car il n’est
pas donné à tous de se sentir à l’aise en
présence de cendres. Même les cendres d’un être
cher peuvent amener des moments d’angoisse et
provoquer des troubles de sommeil chez certains.
De plus, surtout dans les premiers mois, le
désir de retenir le défunt près de soi peut
retarder l’évolution du deuil.
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Afin de
prendre une décision éclairée
que vous n’auriez pas un jour à
regretter, voici quelques pistes
de réflexion qui peuvent aider à
mieux cerner l’impact d’avoir
les cendres de l’être cher avec
soi :
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Si vous êtes en situation de «
garde temporaire » des
cendres, il serait souhaitable
de trouver un lieu pour les
entreposer avec tout le
respect qu’il se doit, quitte
à le demander à quelqu’un de
votre entourage. Se retrouver
avec les cendres dans le
coffre de la voiture un
certain temps ou devoir les
entreposer dans la remise
engendre souvent des remords à
l’égard du défunt.
-
Le fait de conserver les
cendres peut aussi empêcher
l’endeuillé d’assumer la
réalité de la perte qu’il
vient de subir. En voulant
garder la même proximité
qu’avant, il maintient une
relation qui n’existe plus. Un
jour ou l’autre, la réalité le
rattrapera et peut-être alors
trouvera-t-il plus
difficilement le soutien de
son entourage, pour qui le
deuil sera chose du passé.
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Disperser les cendres prive à
jamais les proches et la
communauté de se rassembler
près du défunt dans un lieu
accessible, tels un
columbarium ou un cimetière.
Bien que les visites au
cimetière ou au mausolée
soient moins courantes
qu’auparavant, cette pratique
permet d’honorer nos morts
dans un endroit qui leur est
réservé. « Garder trace de nos
morts nous permet de nous
séparer progressivement d’eux.
Le souvenir de nos morts est
inscrit dans nos cœurs pour
toujours, et c’est tout le
travail du deuil que de
renforcer cette
intériorisation. Dans ce
processus, les traces du corps
de celui qui est décédé
attestent la réalité à la fois
de l’existence et de la mort
de la personne défunte. »1
Toutefois, si tel est votre
choix, avant de disperser les
cendres du défunt,
assurez-vous de vérifier la
provenance du vent afin de
vous le mettre à dos. Recevoir
des cendres en plein visage
devient rapidement une
expérience traumatisante.
-
Prendre la décision d’enterrer
les cendres dans un coin de
son jardin ou quelque part sur
son terrain provoque souvent
des regrets quand vient le
moment de vendre la maison à
un étranger. Du coup, tous les
proches parents perdent
l’accès à leur lieu de
recueillement, sans oublier
qu’il sera impossible de
contrôler l’usage que feront
les nouveaux propriétaires de
ce qui était devenu un lieu
sacré.
-
Il se peut que, pour une
raison ou une autre, l’urne
tombe et se brise
accidentellement. Voir les
cendres ainsi étalées sur le
plancher et avoir à les
ramasser provoque un choc. Il
se pourrait alors que
l’endeuillé replonge dans la
souffrance du deuil et qu’un
tourbillon d’émotions refasse
surface.
-
À la suite du deuil d’un
conjoint, certaines personnes
placeront l’urne à l’honneur,
bien à la vue dans une pièce
de la maison. Dans le cas
d’une nouvelle union, la
présence des cendres pourrait
créer un malaise et même
provoquer des tensions avec le
nouveau conjoint. Avoir à se
départir des cendres de l’être
cher dans de telles conditions
ne se fait pas sans douleur et
suscite un fort sentiment de
culpabilité.
-
Il serait sage de prévoir ce
qu’il adviendra des cendres
que vous conservez avant votre
propre décès, afin qu’elles ne
se retrouvent pas dans le fond
d’un grenier ou, encore,
qu’elles soient simplement
jetées par vos héritiers. La
même question devrait se poser
lorsqu’un enfant demande à
garder dans sa chambre une
partie des cendres dans un
reliquaire (petite urne). Il
est important de vérifier avec
lui, quand il grandira, s’il a
toujours le même désir de les
garder en sa possession. Dans
le cas où il souhaiterait s’en
départir, il serait approprié
de choisir ensemble un petit
rituel qui permettrait de
déplacer le reliquaire qu’il
possède vers un autre endroit.
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Connaître les
répercussions de ses choix permet d’éviter des
blessures additionnelles à un moment de sa vie
où on s’en passerait. Cela aide aussi à
comprendre les raisons qui motivent à aller vers
une direction plutôt qu’une autre, ainsi qu’à
mieux cerner ses limites et ses besoins.
Votre besoin est de
conserver les cendres avec vous? Nous vous
conseillons d’associer l’arrivée et
l’installation de l’urne à un rituel
d’accueil où la famille proche et les amis
pourraient être conviés. Entourer l’arrivée des
cendres à la maison d’un rituel significatif
permet de garder à l’esprit le sens du sacré lié
à une telle décision et évite de banaliser
l’événement.
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Exemples
de rituels possibles :
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-
Allumer une chandelle le jour
de l’arrivée des cendres,
ainsi qu’à toute autre date
associée à la vie du défunt
(naissance, mariage, décès,
fête des Pères, etc.), est une
façon d’honorer sa mémoire et
de garder allumée la flamme
des souvenirs qui vous ont
liés.
-
Choisir une musique d’ambiance
que le défunt affectionnait et
installer l’urne dans un
endroit qui lui est réservé.
Aménager quelques objets
personnels du défunt et des
photos le représentant.
-
Convier les proches à un repas
d’accueil où chacun serait
invité à se remémorer de bons
moments passés dans cette
maison en compagnie du défunt.
-
Installer un coffret des
mots près de l’urne pour y
déposer des messages à
l’intention du défunt, ou pour
lui demander du soutien quand
le deuil se fait trop
difficile.
-
Disposer un tableau ou un
bloc-notes près de l’urne,
pour écrire ses états d’âme ou
donner des nouvelles, telles «
tu me manques » ou encore « je
vais mieux ».
-
Disposer des fleurs ou une
plante verte à côté de l’urne
pour illustrer que la vie
continue.
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Pour certaines personnes,
le choix de conserver les cendres de l’être cher
correspond à un besoin « vital » : il leur
permet de surmonter l’épreuve qu’elles auront à
traverser. Il est vrai qu’aménager un espace
réservé au défunt amène l’élaboration de
plusieurs rituels, parfois même quotidiens. Ces
rituels incitent souvent à l’expression des
émotions. Ils invitent aussi à prononcer
quelques paroles affectueuses à l’égard du
défunt, permettent de lui confier ses tourments
et stimulent des périodes de recueillement.
Cependant, rappelez-vous
qu’il est toujours possible de changer
ultérieurement la destination des cendres. Vous
n’avez qu’à contacter votre coopérative
funéraire : un conseiller vous aidera à choisir
la façon d’en disposer qui vous conviendra le
mieux.
-
MICHEL HANUS, Le Grand livre de la mort à
l’usage des vivants, Albin Michel, 2007,
p.202.
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